vendredi 8 mai 2009

Désertification et Erosion



Pas de "concurrence pour les filières alimentaires". Et pourtant, savez-vous:
· Que l'année 2006 fut déclarée par l'ONU "Année Internationale des Déserts et de la Désertification".
· Que les activités agricoles génèrent une érosion telle que, chaque seconde, ce sont 2420 tonnes de sol qui partent dans les océans ou dans les vents.
· Que chaque heure de la journée, ce sont 1370 hectares de terres qui sont désertifiées à jamais.
· Que 36 000 personnes meurent de faim tous les jours.
· Que, selon la FAO, la surface moyenne de terre arable par habitant était de 0,32 hectare en 1961/1963 (pour une population mondiale de 3,2 milliards), de 0,21 hectare en 1997/1999 (pour une population mondiale de 6 milliards) et sera de 0,16 hectare en 2030 (pour une population mondiale estimée à 8,3 milliards).
· Que, selon certains experts indépendants, les projections ci-dessus sont hautement optimistes car la surface moyenne de terre arable par habitant dans les pays pauvres sera seulement de 0,09 hectare en 2014.
· Que ces mêmes experts n'ont pas pris en considération, pour leurs calculs, le boom des agro-carburants et les bouleversements climatiques.
· Que, selon la FAO, l'Inde perd chaque années 2,5 millions d'hectares de terres et qu'à ce rythme là, il ne restera plus un gramme de terre arable dans ce pays en 2050.
· qu'au cours des 20 dernières années, environ 300 millions d'hectares (six fois la surface de la France) de forêt tropicales, ont été détruits pour implanter des domaines fermiers et des pâturages ou des plantations à grande échelle d'huile de palme, de caoutchouc, de soja, de canne à sucre et autres récoltes. Que, dans l'Iowa, le coeur de l'empire transgénique du maïs et du soja, les églises dans les zones rurales surplombent les champs d'1m50 parce que l'Iowa a perdu 1m50 de sol fertile en un peu plus d'un siècle.

Le blé: chronique d'une mort annoncée


Le blé est la céréale la plus consommée par les hommes à travers le monde, et ses variétés sont innombrables. Mais cette richesse biologique est menacée par les firmes agroalimentaires qui d’ores et déjà contrôlent les semences.
Le blé est consommé sur les cinq continents; il y occupe 20 % des terres cultivées et constitue la nourriture de base pour un homme sur trois. Son histoire est intimement liée à celle des hommes. Ceux-ci ont commencé à le cultiver il y a des dizaines de milliers d’années dans les steppes du Moyen-Orient.
Au fil de leurs migrations, à travers l’Asie, l’Europe et l’Égypte, ils l’ont transporté et adapté à des environnements très différents; si bien que le blé a développé une extraordinaire diversité et compte jusqu’à 200 000 variétés.
Mais cette richesse biologique est aujourd’hui menacée par les pratiques de l’agriculture industrielle. Au cours des cinquante dernières années, des milliers de variétés de blé ont disparu et les champs se sont uniformisés.
À terme, cette évolution pourrait être très dangereuse: si une épidémie venait à toucher une espèce de blé devenue hégémonique dans le monde, c’est la sécurité alimentaire de la planète qui serait mise en péril. Mais ici ou là, face à la puissance des multinationales qui veulent tout placer sous leur emprise, des paysans commencent à protester et à organiser leur résistance. Dans leur intérêt et celui de l’humanité.

Ethanol et crises alimentaires


Le prix de la tortilla a Guatemala (aliment traditionnel à base de maïs) a augmenté de 80 %. La situation est identique au Mexique. L'augmentation de 40 à 100 % du prix de la tortilla entraîne de sérieuses émeutes dans tout le pays. Quelques années en arrière, les paysans ont cessé de produire leurs maïs traditionnels au Guatemala et au Mexique car cela revenait moins cher d'acheter la tortilla à la tortilleria industrielle que de cultiver sa "milpa" en raison du "dumping" de maïs (ogm) en provenance des USA.
Mais, aujourd'hui, la situation a changé: les USA gardent leur maïs (20 % de la récolte de maïs US est transformé en éthanol) et les Mexicains crèvent de faim!
Aux USA, les cours du maïs sont en train de flamber. Ils ont atteint, en début mars 2007, leur plus haut niveau depuis plus de dix ans, dopés par une demande croissante d'éthanol et une récolte états-unienne très médiocre. En 15 mois, le "bushel" (25 kgs) de maïs est passé de 1,85 dollar à 4,05 dollar ce qui représente une augmentation de 115 %!!! Aux USA, entre 2004 et mars 2007, la production annuelle de blé est passée de 59 à 49 millions de tonnes, soit une baisse de 16 %. Quant à la production annuelle de maïs, elle est passée de 300 millions de tonnes en 2004 à une projection de 267 millions de tonnes pour 2007, soit une baisse de 11 %.
La production mondiale de blé, dans le même espace de temps, a chuté de 6% et celle de maïs a chuté de près de 3 %.
L' Australie, frappée de sécheresse, a vu sa production de blé chuter de 22,6 à 10,5 millions de tonnes de blé. Une baisse de 55 %!
Des voix commencent à s'élever qui évoquent une crise alimentaire aux USA, car l'augmentation du prix des céréales entraîne des effets multiples dans les chaînes alimentaires. Le coût d'un poulet, par exemple, est constitué à 40 % par le prix du maïs. Les prix augmentent parce que l'offre baisse, parce que la demande s'accroît (en raison de la production d'éthanol) et parce que certains aléas climatiques sont en train de semer le chaos dans l'agriculture! Et les multinationales et les gouvernements voudraient nous faire croire que les agro-carburants ne représentent aucune "concurrence pour les filières alimentaires".

Carburants verts ou bombe à retardement ?


Un marché mondialisé des carburants agricoles mis en concurrence avec les productions vivrières est un danger.

Alors que les superficies agricoles consacrées aux agrocarburants sont encore très limitées sur la planète, de plus en plus de voix s’élèvent pour signaler un double danger : le bilan écologique discutable de ces nouveaux carburants et l’influence de plus en plus grande de ces productions à usage industriel sur l’envolée des prix alimentaires. Chacun de ces arguments est totalement recevable...
Le bilan écologique des carburants « verts » ne saurait être limité aux moindres rejets de gaz à effet de serre par les véhicules qui les utilisent. Labourer plus de superficies, retourner des prairies et défricher des forêts pour augmenter les hectares consacrés au blé, au colza, au maïs, à la canne à sucre, aux betteraves et aux palmiers à huile, c’est contribuer à d’importantes émissions de CO2, à une accélération du changement climatique.
Les partisans de ces cultures industrielles ne sont pas crédibles quand ils affirment proscrire la déforestation pour les étendre. À supposer qu’ils tiennent parole, ces nouvelles productions énergétiques prendront la place des cultures vivrières qui migreront alors vers les zones forestières à défricher. C’est déjà le cas pour la culture du soja et l’élevage bovin en Amazonie tandis que la canne à sucre prend leur place sur des zones agricoles plus anciennes au Brésil.
En Indonésie, les entreprises engagées dans la culture du palmier à huile défrichent la forêt primaire à grande échelle. C’est notamment le cas dans la province de Riau sur l’île de Sumatra. Les autorités chassent les populations locales qui ne disposent que de droits coutumiers sur les terres qu’elles occupent. En Afrique, l’huile de palme utilisée pour la consommation humaine est déjà hors de prix tandis que plusieurs pays en font de l’agrocarburant. Le Cameroun compte déjà 100 000 hectares de palmeraies industrielles, dont 40 000 sont contrôlés par l’homme d’affaires français Vincent Bolloré.
L’Union européenne a retenu le chiffre de 10 % d’agrocarburants à incorporer dans les véhicules à l’horizon 2020. En préconisant l’externalisation de l’essentiel de cette production et des émissions de CO2 qui lui seront imputables dans les pays du Sud au détriment de leur souveraineté alimentaire.Si certains pays peuvent trouver légitime de produire des agrocarburants afin de réduire leur dépendance énergétique, rien ne serait pire que d’en faire un marché mondial pratiquant la sélection par l’argent et donnant la priorité au réservoir des voitures de riches sur l’estomac des pauvres. Qu’un tel danger ait échappé à pratiquement tous les grands décideurs politiques qui comptent sur la planète, à l’exception notable de Fidel Castro depuis son lit de convalescent au printemps 2007, est plus que préoccupant. Car le marché mondial encore naissant des agrocarburants est une énorme bombe à retardement.